Les ruines de Mogadiscio (France24)
jeudi 27 décembre 2007
Par FRANCE 24
Hôpital Madina à Mogadiscio. Abdel Karim 20 ans, a été blessé par un éclat d’obus de mortier à la tête. Autour du blessé tous les hommes de la famille essaient de trouver un dernier signe d’espoir. Son frère se met à pleurer. Certains veulent y croire encore, d’autres commencent à réciter la prière des morts. Le pouls s’est arrêté. Son médecin Othman Bentai n’a rien pu faire : " Il est mort, il vient de mourir à l’instant".
À Mogadiscio, on vit avec la mort. Les tirs dans les rues de la capitale sont monnaie courante.
Il y a un an, les tribunaux islamiques étaient officiellement défaits par les forces gouvernementales, appuyées par les militaires venus de l’Ethiopie voisine. Douze mois plus tard, il apparaît que cette victoire n’en est pas une : le gouvernement se lézarde et les militants islamistes ont gardé leur capacité de résistance face aux Ethiopiens, considérés par les populations comme des troupes d’occupation. Mogadiscio se délite et les clans et trafiquants de tous bords nourrissent ce chaos.
Dans la capitale somalienne, plus rien ne fonctionne normalement. C’est le royaume de la débrouille. Le cœur historique de la ville a perdu sa splendeur d’antan. Jusque dans les années 80, avec ses hôtels, ses ambassades, ses discothèques, c’était le quartier chic de la capitale. Aujourd’hui, il ne reste que des ruines.
Le nord de la ville a été le théâtre des plus importants combats. Les bâtiments et les rues portent encore les cicatrices des combats. Aujourd’hui, les alliés du gouvernement de transition occupent ce quartier et, à tous les coins de rue, des soldats éthiopiens montent la garde. Ils ont la gâchette facile.
Plus au sud en revanche, sur le marché de Bakara, les insurgés mènent une nouvelle bataille. Dans ce dédale de ruelles, des groupes de combattants qu’on appelle shebbab, jeunesse en arabe, ont établi leur royaume.
Déplacés pour longtemps
La population, elle, a trouvé refuge près du port et de l’aéroport, quartier le plus calme de la capitale. Dans ces anciennes cabanes de pêcheur sur les dunes qui bordent l’océan, des familles entières ont fuit les combats pour s’abriter dans ces simples baraques de tôle. Une femme confie son désarroi : "cela fait deux mois que je suis là. En 15 ans de guerre civile je n’avais jamais quitté ma maison et je ne peux pas retourner dans mon quartier. Il est occupé par les Ethiopiens". Comme la plupart des habitants, elle considère les Ethiopiens comme une troupe d’occupation.
De milliers d’habitants de Mogadiscio, surtout des femmes et des enfants, se sont aussi réfugiés dans la brousse, à une dizaine de kilomètres du centre ville, et assurent eux même leur sécurité. La vie y est dure. « Beaucoup de nos hommes, de nos frères, de nos maris ont été tués à Mogadiscio. Les Ethiopiens commettent un génocide sur notre peuple, ils torturent hommes et enfants, ils ont pillé nos maisons ».
Malgré tout, la vie s’organise progressivement. Des commerçants assurent la distribution d’eau. Comme un vrai village des petits magasins ont ouvert et le camp dispose déjà de son marché. Si la crise humanitaire n’est pas encore en vue, les déplacés se sont installés ici pour longtemps.
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